Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 10:01

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Beaucoup persistent à utiliser une forme de dérision provocatrice à l’encontre des formes de domination que nous subissons ; je pense que cette tactique, trop systématisée, est stérile et même parfaitement contre-productive.

 

Le ricanement est souvent  la marque de l’impuissance ou l’indice du refus d’agir ; la satire est la vengeance des faibles — excusable comme exutoire d’une... colère frustrée ; moins excusable quand elle sert de substitut à une praxis intelligente, ce qu’elle est presque toujours — sous prétexte de prétendus raccourcis en politique, qui sont toujours de simples voies de garage.

 

De plus, la provocation est essentiellement liée à une conception de la politique comme subversion — conception qui repose sur la croyance selon laquelle la destruction de l’ordre existant (à supposer, chose impensable, qu’elle puisse  être réalisée par des plaisanteries puériles) mènerait de soi-même à une situation rectifiée, — comme s’il supposait de faire sauter le carcan d'une domination contre-nature pour que s'établisse ipso facto un « ordre naturel » juste. Il faut vraiment être un adolescent irréfléchi pour croire une chose pareille. Bref, la « tactique Charlie Hebdo » mise au service d’idées contraires à celles de ce canard, quoique amusante, trahit une posture de perdant, non moins que les diatribes sur le bon vieux temps, etc.

D’aucuns répondront à cela que l’humour a eu sa part dans l’effondrement de régimes comme celui de l’URSS, par exemple. Mais la comparaison avec l’URSS n’est absolument pas pertinente, à mon sens : ce genre de pouvoir tenait sur une forme de « sacralité » mensongère, de prétention à incarner un idéal. Il en va tout autrement des formes actuelles de domination qui sont, en un sens, issues de Mai 68 et qui ont en cela partie liée à cette forme d’humour qui s'appelle la dérision universelle (le ricanement).

 

Ceux qui nous dominent ont parfaitement compris qu’en ridiculisant tous les idéaux, ils désarmaient toute résistance possible : celui qui trouve tout dérisoire ne risquera sa peau pour rien ; le ricanement universel est l’envers de ce dont l’endroit est un narcissisme infini, une énorme satisfaction de soi-même. L’arme de la domination, aujourd'hui, en somme, ce sont les Guignols de l’Info : le pouvoir fait rire de lui comme de ses ennemis et cette rigolade universelle accompagne la démoralisation universelle.

 

Bref, s’il y a encore un usage légitime du rire pour dégonfler certaines idoles subsistantes, je pense qu’il faudrait d’abord réfléchir à ce rapport du néo-totalitarisme maternant avec le ricanement immature, avant d'essayer d’utiliser le ricanement immature contre ce système. Les vieilles armes ne sont pas automatiquement appropriées aux nouveaux périls.

Je crois d'ailleurs que c’est ce qui fait que les vieux rebelles qui ont donné le signal du départ de l’insurrection des esprits sont déjà dépassés et en passe d’être oubliés — précisément parce qu’ils n’ont fait que retourner l’esprit de Mai 68 contre lui-même et qu’en cela ils appartiennent aussi à l’époque qui meurt, tout en la rejetant violemment.

 

Si une nouvelle génération doit émerger qui portera le flambeau de la révolte jusqu’au point où une véritable régénaration sociale, politique et morale deviendra possible, il lui appartiendra d’inventer le ton approprié au contenu de sa vision du monde, au lieu de se le laisser dicter par les pires de ses ennemis — les rebellocrates séniles, les vieilles raclures de l’esprit de Mai.

 

Remarque n° 1 : Il faudrait méditer ce que dit Spinoza de la satire / dérision comme « passion triste » (expression de faiblesse et cause d’affaiblissement) et à la manière dont il la distingue de l’hilarité (« toujours bonne », selon cet auteur). La satire a toujours partie liée avec une vision plus centrée sur le ressentiment contre l’autre (dominant) que sur une affirmation de soi fondée sur l'amour de son identité propre. C'est ce dernier aspect — qui devrait être central — qui me paraît faire défaut chez les « anti-rebellocrates » encore imprégnés de l’esprit de Mai (mais c'est un problème de génération : ce ne sont pas les plus de cinquante ans qui vont mener une révolution).

Remarque n° 2 : À bien y réfléchir, c’est d’ailleurs peut-être plus une question de forme d’humour, que d’usage de l'humour comme tel en général. Dans les cas que nous avons tous à l’esprit, l’humour est utilisé d'une façon bête, presque scatologique. Il se borne à conchier les idoles, ce qui est précisément le propre du ricanement immature. Dans une forme d’humour supérieur (mettons, celui de Gombrowicz en son temps), le ridicule de la dérision adolescente elle-même est perçu.


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Par Sébastien Derouen
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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 15:36

 


 
Par Sébastien Derouen
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 18:32

 


 
Par Sébastien Derouen
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 21:49

Un très beau montage de détails de tableaux de Jérome Bosch sur la Déploration de Johanes Ockeghem (Nymphe des bois…) par Josquin Desprez

 


 
Par Sébastien Derouen
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 19:21

Pour donner à l’envers une démonstration du fait que l’on ne peut être pleinement sensible à des œuvres issues d’une culture dans laquelle on ne plonge pas ses racines, voici quelques miettes de Pansori, le fameux « opéra coréen ». Pour ma part, je trouve cela très émouvant — mais je vois bien que je n’en comprends pour ainsi dire rien, juste la plus superficielle écume. l’apprentissage même de la langue ne me donnerait pas ces fibres toutes coréennes, cet être-coréen, qui fait que l’on vible pleinement au diapason de cet art si sublime et à la fois si viscéral. Là est la limite de l’ouverture à l’autre : certes, à l’homme vraiment cultivé, rien de ce qui est humain n’est étranger — mais, pour autant, on ne peut se façonner la sensibilité toute autre qu’il faudrait pour entendre pleinement les fruits les plus singuliers d’une autre culture. On peut les goûter, il faut les admirer — mais de loin et comme quelque chose qui, malgré qu’on en ait, ne sera jamais vraiment fait pour nous, pas davantage que nous, nous ne serons jamais fait pour cet art.

 


 
Par Sébastien Derouen
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